Quel avenir pour le réemploi culturel ?

C’est la rentrée pour le RESSAC. Cartable sur le dos, on a connu des rentrées plus joyeuses. À l’appel ce matin, il manque du monde. La rumeur dit qu’elle est morte pendant l’été. En tant que réseau on la savait malade… Il faut dire que lutter pendant 18 ans pour rendre une économie linéaire du secteur culturelle en économie circulaire ce n’est pas de tout repos. On peut y perdre sa santé.

On s’en rappellera : La Réserve des Arts s’est éteinte l’été 2026, l’année où par coup d’incendies, de canicules et d’annulations de festival on prenait conscience, tous, individuellement, de l’urgence de transformer nos sociétés. L’année où nous avions, justement, besoin de structures comme La Réserve Des Arts pour construire le monde de demain. “LRDA”, comme on aimait bien l’appeler chez nous. 

En tant qu’acteurs de l’ESS et de l’Économie Circulaire, on sait que rendre une ligne sphérique n’est pas toujours facile. Il faut contraindre, forcer, chauffer, convaincre, temporiser, sensibiliser… Tout cela sans trop de visibilité, et dans des conditions de plus en plus dégradées. L’expression vider l’océan à la petite cuillère prend tout son sens.

Et pourtant, cuillère après cuillère, quelque chose s’est construit.

Les plus vieux vous diront que l’énergie est partie de Paris. 2008 : La Réserve Des Arts et Artstock. 2014 : La Ressourcerie Du Spectacle. 2020 : La Ressourcerie du Cinéma. Paris s’est doté d’outils pour répondre aux enjeux de demain. Puis d’autres, ailleurs, partout en France. Progressivement, les outils nécessaires à la transformation de nos filières culturelles et artistiques se sont construits. Il faut dire que la matière ne manque pas : le flux de matière est abondant, foisonnant, dégoulinant. Mais le territoire peut être aussi accueillant qu’hostile : la pression foncière l’a rendu trop cher, rare & inaccessible. 

Alors on passe notre temps à chercher un toit adapté pour développer notre activité. De précarité en précarité, d’occupation temporaire en occupation temporaire. Les plus courageux ont franchi le cap du 3-6-9 et de la prise de risque d’un loyer et d’un lieu magique adapté, – ce qu’il faut pour transformer la filière culturelle en économie circulaire. La Réserve des Arts est de celles qui ont pris ces risques, car c’est par la vision à long terme que nous arriverons à réduire l’impact écologique du secteur culturel.

Aujourd’hui, le RESSAC est inquiet, mais pas résigné. La disparition de La Réserve doit néanmoins être entendue comme un avertissement. Nous le savons : le secteur culturel et artistique a besoin de structures comme La Réserve Des Arts sur ses territoires. On ne construira pas une politique ambitieuse d’écoconception sans lieux capables de récupérer, trier, réparer, transformer, redistribuer ; on ne développera pas massivement le réemploi sans espaces pour faire circuler la matière ; on ne créera pas une économie circulaire en demandant simplement aux producteurs de « faire mieux ». 

L’économie circulaire a besoin d’infrastructures. Nous devrons donc rebâtir de nouvelles ressourceries culturelles, consolider les existantes et, surtout, il est temps d’arrêter de considérer ces lieux comme de sympathiques initiatives périphériques et commencer à les regarder pour ce qu’ils sont : des infrastructures nécessaires à la transformation écologique de la culture sur les territoires. La Réserve des Arts aura participé pendant près de deux décennies à ouvrir cette voie. À celles et ceux qui l’ont créée, portée, développée, défendue, parfois (souvent) à bout de bras : merci

La rentrée du RESSAC commence avec une chaise vide. À nous maintenant de faire en sorte qu’elle ne soit pas suivie de beaucoup d’autres. Parce que sans les outils permettant de réemployer ce que vous créez aujourd’hui, vous finirez, demain, ensevelis sous l’abondance de votre art.

Le Réseau RESSAC
Réseau National des Ressourceries Culturelles et Artistiques

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Author: Réseau Ressac

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